Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

L'hôtel de la capitainerie des chasses, à Villejuif

L'hôtel de la capitainerie des chasses, demeure d'un notable de la fin de l'Ancien Régime, occupe les numéros 87 à 91 rue Jean-Jaurès, à Villejuif. Cet hôtel particulier a été bâti vers 1762 par Jacques Alexandre Gautier de Vinfrais. Cet officier de la maréchaussée, commandant la brigade de Villejuif, occupe également la fonction de lieutenant inspecteur des chasses à la Capitainerie de la Varenne du Louvre, ce qui explique le nom donné au bâtiment. Il l'a "fait construire sur l'emplacement de trois maisons et terrains par lui acquis" (deux maisons appartenant à sa nièce, fille de Louis Gautier de Vinfrais et une maison achetée à un vigneron) et il a constitué par achats successifs un jardin d'environ 8000 m2, clos de murs et séparé de l'arrière-cour du bâtiment par une grille.

La famille Gautier de Vinfrais vit pendant plus d'une trentaine d'années jusqu'en 1795 dans cette demeure. Jacques Gautier de Vinfrais, devenu seigneur de Villeneuve-le-Roi et d'Ablon en 1765 et anobli par l'achat en 1776 d'un office de secrétaire du roi, peut se donner des airs de véritable gentilhomme dans cet hôtel particulier.
Pendant la Révolution, le baron Thomas-François de Treil de Pardailhan, gendre de Gautier de Vinfrais prend partie pour le changement: d'abord élu "administrateur du département de Paris", il est "député de Paris" en 1791-92 (il a vécu à l'hôtel de la capitainerie des chasses entre 1782 à 1795). Durant la Terreur en 1794, l'hôtel de la Capitainerie est perquisitionné, Gautier de Vinfrais et son gendre Treil de Pardailhan sont incarcérés à la prison Saint-Lazare à Paris, où ils échappent de peu à la guillotine.

En 1795, Jacques Gautier de Vinfrais quitte la région parisienne, se défait de toutes ses propriétés et s'installe en Bourgogne au château d'Autricourt. C'est son gendre Thomas Treil-Pardailhan qui vend, au nom de son beau-père, l'hôtel particulier de Villejuif, le 10 décembre 1795 à Joseph Wetzell ("sont compris en la présente vente les boiseries garnissant lad maison, le billard qui s'y trouve, un grand poêle de fayence et deux vaches"). Au cours du 19ème siècle, le bâtiment est divisé en trois propriétés distinctes, une partie appartenant à la commune de Villejuif. La demeure s'est dégradée au cours du temps et le classement au titre des Monuments Historiques en 1996 permet d'espérer la sauvegarde de ce patrimoine historique et architectural de la commune de Villejuif, qui nécessiterait d'être mis en valeur par une véritable restauration.

Pourquoi ne pas apposer sur ce bâtiment une plaque rappellant le souvenir de son plus illustre habitant, le député Treil-Pardailhan, témoin et acteur de la Révolution française ?