Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

La Caunette, village du Minervois

La Caunette est un village du Minervois, au pied d’une falaise comprenant de nombreuses grottes ou caunes à l'origine du nom du lieu. Le village est situé sur la rive gauche de la rivière La Cesse, en aval de la petite cité de Minerve. En 936, la "villa Cauneta" est mentionnée parmi les donations du comte de Toulouse, dans la charte de fondation de l'abbaye de Saint-Pons, document dont l'authenticité est toutefois douteuse

A l’écart du village, se situe la remarquable église romane Notre-Dame de l’Assomption, qui surplombe La Cesse, et dont la construction remonte au 11ème siècle. Elle pourrait avoir succédé à une église plus ancienne, située à proximité, comme l'indique la découverte récente (et réalisée in extremis) de tombes à dalles .
Lors de la croisade contre les Albigeois, la seigneurie de La Caunette est confisquée par Simon de Montfort pour crime d'hérésie. Toutefois, Guillaume, dernier vicomte de Minerve, se rallie à Louis IX, roi de France, l'accompagne en 1248 lors de la septième Croisade, et reçoit en 1254 à son retour en France un assignat sur les seigneuries d’Aigne, La Caunette, Babio et Aigues-vives (voir les notes sur les seigneurs de La Caunette). Après la mort de sa veuve, ces biens reviennent au domaine royal et sont ensuite inféodés "selon les coutumes de Paris". A partir du début du 14ème siècle, La Caunette est détenue pendant deux cent ans par les vicomtes de Monclar (en Quercy), de vieille famille féodale et lointains descendants des comtes de Toulouse.


Dès le 15ème siècle La Caunette est doté d'un consulat, un acte notarié du 24 octobre 1470 relate l'élection des consuls, par l'assemblée de la communauté villageoise, qui désigne également un conseil de six membres, ainsi qu'un capitaine de la place.
Le vieux village, anciennement fortifié est surnommé La Carambelle, il conserve notamment une tour datant probablement du 16ème siècle avec sa porte d’entrée protégée par mâchicoulis et meurtrières. La construction de cette tour-porte pourrait dater de l'époque des guerres de religion qui ont dévastées le Minervois et le Saint-Ponais à partir de 1567. La prise de Minerve en 1582 par des troupes protestantes a inévitablement eu des conséquences pour La Caunette. Les érudits locaux Joseph Coulouma et Jean Miquel signalent le siège de La Caunette en 1583 et 1587. Enfin en 1590, Le village, comme d'autres localités des environs, telles qu'Olonzac, Aigne, Beaufort, a du se soumettre temporairement aux Ligueurs, dans un contexte d'affrontements à l'issue confuse. Les combats ont cessé dans le Minervois en 1592 avec la signature de la trêve du Mas-de-Barbieu.

La place du village est dominée par le château des Pardailhan, (Treil de Pardailhan, dernière famille seigneuriale de Pardailhan, Aigne et La Caunette). Sa construction remonte au moins au 17ème siècle, alors que les de Cazalets détiennent la seigneurie. Le décès de Jean de Cazalets à La Caunette en 1669, confirme que le château est alors un lieu de résidence seigneuriale. Sa porte principale est datée de 1769, alors que François Treil baron de Pardailhan est seigneur du lieu.
Lors de la Révolution, Treil ci-devant baron est en conflit avec la municipalité de La Caunette qui lui réclame dès 1790 "sa déclaration pour les biens seigneuriaux de toute nature qu'il lève" dans la commune. En 1791, il fait appel à la gendarmerie de Saint-Pons, et déclenche une véritable émeute à La Caunette lors d'une dernière tentative de percevoir les redevances seigneuriales (alors déclarés rachetables et définitivement abolies en 1793). En 1794, le citoyen François Treil est emprisonné comme suspect et ci-devant noble aux Récollets à Saint-Pons pendant quelques mois. Ses biens sont mis sous séquestre en tant que père d'émigré, son fils cadet Alexandre, ancien garde du corps du roi ayant rejoint en Allemagne "l'Armée des Princes". François Treil retrouve la pleine gestion de ses propriétés de La Caunette trois ans plus tard.
Le dernier de cette famille à posséder le château, est Henri de Treil de Pardailhan, qui se titre irrégulièrement "comte de Pardailhan", et qui doit vendre le domaine en 1858, devenant brièvement tirailleur sénégalais en 1860, pour échapper aux poursuites pour dettes.
Le pigeonnier légendaire qui surmontait le château a disparu, tout comme le vieil orme, surnommé "l'orme de Sully", peut-être planté au 17ème siècle, qui ornait la place et qui a été abattu en 1985.

Le territoire de La Caunette comprend plusieurs hameaux, Babio, La Garrigue, Le Sieure, La Prade, Le Cazal (ancienne métairie seigneuriale), Vialanove (domaine du chevalier de Saint-Martial, vendu comme bien national à la Révolution), et le moulin de Cantarane.
Dès le 17ème siècle, une modeste activité minière s'est développée, avec l'extraction de lignite, et a perduré jusqu'au milieu du siècle dernier, marquant toujours le paysage par une imposante cheminée.

A partir du 19ème siècle la viticulture s'est progressivement imposée et La Caunette produit aujourd'hui un vin de Minervois de qualité, qui mériterait une dénomination spécifique.

Bibliographie et sources:
- Dictionnaire topographique et historique de l'arrondissement de saint-Pons, par Joseph Sahuc
- Etudes sur le bassin de la Cesse, par Joseph Coulouma et Jean Miquel, dans Cahiers d'histoire et d'archéologie
- Le colonel comte de Pardailhan, sous-préfet de l'arrondissement de Saint-Pons, par Vincent Joecker dans Histoire et préhistoire du Pays Saint-Ponais
- Rapport de sondages et d’étude du bâti archéologiques, La tour-porte et le passage de la Carambelle, par Florence Guillot, Emmanuel Garcia, Pascal Robert-Cols, Marie-Elise Gardel [en ligne]
- Un probable cimetière de tombes à dalles de la fin de l'Antiquité ou du Moyen Âge à la Caunette (Hérault), par Durand Sylvain et Marie Vallée-Roche , dans Bulletin de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude, 2019 [en ligne]
- Fonds de la famille Treil de Pardailhan 72 J, aux archives départementales de l'Hérault
- Fonds René de Treil de Pardailhan, au château de Pardailhan

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